VENDREDI 24 NOVEMBRE 2017 CONFÉRENCE DÉBAT AVEC MICHÈLE BRESSO, MEMBRE DU PARLEMENT EUROPÉEN

VENDREDI 24 NOVEMBRE 2017                                                                  CONFÉRENCE DÉBAT AVEC MICHÈLE BRESSO, MEMBRE DU PARLEMENT EUROPÉEN

Conférence – Comment construire une politique européenne des migrations ?

La Conférence a été introduite par notre Présidente Sylvie Lacroux, qui rappela l’absence d’une  politique européenne commune des migrations.  Elle mentionna également les activités principales de notre association pendant les dernières années, notamment la tenue de deux précédentes conférences-débat sur les migrations en Europe, que nous avions organisées en 2010 et 2011.

 Notre intervenante, Mme Sylvie Guillaume, députée européenne et vice-présidente du groupe Socialistes & Démocrates au Parlement européen,  commenca par situer le contexte actuel du sujet.  Dans l’Union européenne la question des  migrations relève de la codécision entre l’Union et les Etats.  Elle constata la poussée xénophobe, pas seulement dans les pays de l’Est, comme la Hongrie et la Bulgarie, mais aussi dans les pays du Nord – inclus certains pays traditionnellement sociaux-démocrates, comme le Danemark et la Suède.  En plus, la crise économique ne facilite pas la formulation d’une politique équilibrée, apaisée et concertée. Finalement, le printemps arabe, et en particulier les flux migratoires des Tunisiens vers la France, a conduit à un différend sérieux entre la France et l’Italie, par rapport à l’espace Schengen allant jusqu’à proposer de renégocier les accords communautaires.

Les difficultés en matière d’application des accords de Schengen sont certes réelles. L’espace Schengen est certes protégé par l’agence européenne FRONTEX, qui coordonne la coopération opérationnelle entre les États membres en matière de gestion des frontières extérieures, mais   la législation qui régit les mouvements dans l’espace est essentiellement  répressive, car elle se  focalise sur les expulsions sans respect des droits fondamentaux des migrants.  Il y a un blocage par rapport à l’harmonisation des politiques d’asile, avec comportement différencié  dit de « shopping » entre les Etats membres. Globalement   la  diminution  des demandeurs d’asile est sensible passant  de 700,000 dans les années 1990 à 250,000 par an actuellement.  Le contrôle des frontières de l’UE a bien été renforcé par rapport à l’Afrique de l’Ouest, et dans le Méditerranée, mais il y a toujours un passage important entre la Turquie et la Grèce.    Il n’y a pas d’équilibre entre les côtés positifs et négatifs.  On a besoin d’une codification communautaire plus poussée des politiques d’asile.

L’émission de la carte bleue est un premier pas vers une politique positive et apaisée européenne des migrations, bien qu’ elle ne s’applique  qu’aux travailleurs hautement qualifiés.  La formulation du permis unique en 2010 est un deuxième élément positif, car ce permis facilite l’accès au séjour et au travail.  Ce permis garantit l’ égalité de traitement entre les travailleurs nationaux et migrants.  Pour l’instant les travailleurs saisonniers ne sont pas couverts par ce permis.

L’Union européenne a besoin de l’immigration, car – sans immigration – la population européenne diminuerait de 70 millions de personnes d’ici à 2060.  D’ici à 2015 l’Union européenne aurait besoin de 700,000 nouveaux travailleurs pour permettre la prise en charge d’un nombre croissant de personnes âgées.  En 2020 ce nombre de nouveaux travailleurs pourrait augmenté jusqu’à 2 millions de personnes.

A la fin de son intervention, Mme Sylvie Guillaume a tenu à mentionner la mise en place d’une ouverture démocratique avec  les initiatives européennes citoyennes  à partir du 1er avril 2012 d’un nouveau dispositif d’ouverture démocratique celles-ci devant   permettre à la société civile de solliciter de nouvelles mesures  législatives communautaires.  Pour de telles initiatives un million de signatures de citoyens européens répartis sur 7 pays seront requises.  Il est attendu qu’une première initiative  porte sur les  organismes génétiquement modifiés (OGM).

Le débat qui suivit souleva  beaucoup d’interrogations.  Une première série de questions porta sur la diversité entre les pays européens et l’émergence des nationalismes – ainsi que sur la distinction entre   migrations entre pays de l’UE et à l’intérieur de l’espace Schengen.

Sylvie Guillaume a répondu, que l’on a besoin de plus en plus d’un cadre commun, qui respecte les particularités nationales.  Ce cadre commun progresse lentement.  On a besoin d’un financement solidaire de FRONTEX, car certains pays, comme l’Italie et la Grèce ont de larges frontières extérieures, qui sont difficiles à patrouiller.  Par contre un pays comme la Pologne arrive à bien contrôler ses frontières à l’Est.

Une deuxième série de questions et de commentaires s’est centrée sur le cadre institutionnel dans lequel la politique des migrations en Europe devrait s’insérer et sur les avantages et désavantages de l’immigration pour l’Union européenne.  Il a été reconnu la nécessité de  prendre sérieusement  en compte les sensibilités entre migrants et nationaux , et de faire la différence  entre celles qui sont basées sur un problème réel (par exemple la sécurité) et celles qui sont liées aux préjugés.  Créer de l’emploi dans les régions d’où proviennent les migrants est difficile.  Pour les pays en-dehors de l’Europe, l’aide au développement peut aider, mais aura un effet à long-terme, dans le meilleur des cas.  A l’intérieur de l’Union européenne c’est encore plus difficile, comme l’exemple de la réunification en Allemagne l’ a montré.  L’immigration irrégulière vers l’Europe ne peut pas uniquement être contrôlée par Frontex, car la plupart des immigrants irréguliers  dans  l’Union entre avec un visa touristique.  Au Portugal par exemple, 350,000 Brésiliens travaillent comme migrants irréguliers dans des secteurs, comme la construction, le commerce et le travail domestique, où les Portugais nationaux travaillent également.  Finalement, est-ce qu’il serait possible de former certains chômeurs ( il y en a en ce moment presque 25 millions dans l’UE) pour occuper des emplois, qui sont actuellement pris par des migrants (irréguliers), et/ou de favoriser une migration intra-européenne vers des pays avec moins de chômage, comme l’Allemagne ?

Sylvie Guillaume a répondu que le populisme est de plus en plus répandu en Europe, mais que l’économie parallèle et la criminalité de plus en plus internationale, comme la Mafia, doivent être combattues avec fermeté.  Elle a mentionné également que beaucoup d’emplois tenus par des migrants ne veulent pas être exercés  par les nationaux, et que certains emplois plus spécialisés, comme par exemple sur les chantiers navales, ne peuvent pas être assurés par des chômeurs.  Selon notre intervenante, il n’y a pas de lien entre les chiffres sur l’immigration et le chômage.  Par contre, il y a une tendance vers une plus grande mobilité entre les pays de l’UE, surtout vers l’Allemagne, qui a récemment ouvert son marché du travail à tous les ressortissants de l’UE.  Elle a aussi confirmé que les conditions de travail des travailleurs migrants (de l’extérieur et de l’intérieur de l’UE) doivent être gouvernées par la législation du pays, où le travail est réalisé.

Notre présidente Sylvie Lacroux a chaleureusement remercié Sylvie Guillaume pour la richesse  de son intervention et l’a assurée du soutien de l’ensemble des participants pour la poursuite de son combat au sein du Parlement européen ;  les participants ont aussi été invités à poursuivre la réflexion et l’action sur le thème de la soirée  en se référant à la publication de la CIMADE «  Inventer une politique d’hospitalité ». Le débat se poursuivra également avec la participation de certains d’entre nous à la table ronde sur les politiques migratoires organisée par le Parti socialiste suisse le 14 avril prochain à Berne.

La soirée se clôtura par le verre de l’amitié.

Sites de référence de la soirée :

Invitation – Conférence-Débat: « Comment construire une politique européenne des migrations? »

Les Eurosocialistes à Genève ont le plaisir de vous inviter à sa prochaine conférence-débat en la présence de l’eurodéputée Sylvie Guillaume le 21 mars 2012  dès 19h30 à la Maison  Internationale  des  Associations  socio-politiques de Genève sur le thème « Comment construire une politique européenne des migrations ?« 

Dans le cadre de son programme d’activités 2012 sous l’égide du Parti Socialiste Européen l’association des Eurosocialistes à Genève organise cette conférence -débat intitulée « Comment construire une politique européenne solidaire des migrations à l’heure de la mondialisation marchande ? » le mercredi 21 mars 2012, de 19H30 à 21h00 à la Maison Internationale des Associations socio-politiques, 15 rue des Savoises, 1205 Genève.

Nous aurons le plaisir d’accueillir Sylvie Guillaume, Eurodéputée socialiste du Sud-Est de la France et Vice-Présidente du Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen au titre d’intervenante principale ainsi que plusieurs représentants d’organisations engagées dans l’action solidaire auprès des migrants dont la Cimade.

Retrouvez le communiqué de presse de Sylvie Guillaume en cliquant ici.